Absolu, y es-tu ?

La croc-nique poétique de Cerise Plantèche



Ubiquité de la poésie


La poésie est partout. Absolument partout. C’est-à-dire partout où elle est, mais aussi partout où elle n’est pas, ce en quoi elle entre en concurrence directe avec le Divin Créateur. Pour démontrer l’omniprésence de la poésie, Cerise Plantèche a décidé de la débusquer dans tous les endroits où les vils esprits sont persuadés qu’elle ne saurait être.


Aujourd’hui, histoire de se faire la main, elle se penchera sur une lecture relativement accessible, c’est-à-dire ne requérant pour tout bagage culturel qu’une bonne vision, à cause des petits caractères : le Journal Gratuit Des Petites Annonces Payantes, que nous allons feuilleter ensemble. Si vous n’avez pas le J.G.D.P.A.P. sous la main, passez votre chemin, manants : vous n’êtes pas digne de la vraie poésie, et Cerise Plantèche vous maudit.


Entrons donc dans le vif du sujet. Dès la page 1 du J.G.D.P.A.P., découvrons ce bel exemple de poésie brute : « Machine à laver pour camping, lave, sèche, rince, jamais servi. » Est-il plus poétique illumination que de fourrer un camping entier dans une machine à laver ? Et n’est-ce point poétique anticipation que de célébrer les vertus lavantes, rinçantes et séchantes de ladite machine, alors qu’elle n’a encore jamais fonctionné ?


Page 6, un saisissant portrait du poète en action : « Avec son cadre, anthracite ou ivoire, et son pied pivotant qui lui permet de se poser partout horizontalement ou verticalement, il constitue un objet très esthétique et décoratif. » Le message est clair : n’ayez plus honte de vos poètes, montrez-les !


Page 6 encore, à l’occasion de la fête des mères : « Pourquoi ne lui enverriez-vous pas tout simplement une carte postale ? Dans cette collection de 28 chaussettes avec leur enveloppe, réparties en 7 thèmes, vous trouverez certainement celle qui la séduira. » Cerise Plantèche, toujours à la pointe du progrès, sortira prochainement une édition thématique de ses bas nylon.


Page 8, un aveu qu’il convient de considérer comme un modèle d’humilité : « On n’est pas le plus lu par hasard. » Révélation qui appelle sitôt reçue une question cruciale : quel est l’heureux journal qui peut se flatter d’être le plus lu par hasard ?


Page 9, téléphone rosse : « À travers le trou de la serrure, Joy te raconte les histoires de… » Et te postillonne dans l’œil. Sympa.


Page 28, colonne des messieurs : « Avec toi je veux refaire le monde » ; colonne des dames : « Le soliel qui manque à votre vie ». Sûr que Monsieur est un poète, un vrai, un tatoué, de ceux qui croient dur comme fer que la poésie peut réussir là où les révolutions échouent. Sûr que Madame sera pour lui la muse idéale. Sûr qu’ils se rencontreront, ces deux-là. Elle lui offrira son soliel qu’il accrochera dans un cion de ceil belu, et ensemble, bien au chuad dans leur coqiulle, ils créeront un mnode novueau. Srû, vous dis-je.


Page 28 aussi : « Tout problème a une solution dans ce cas renseigne vous à lui, Mr C. médium et marabout dans tous les domaines. » Renseignement pris, Mr C., qui ne recule devant rien, se fait fort de marabouter la syntaxe hors de France, comme Jehanne Maratoubon fit jadis de l’Anglois.


Enfin, ce joli doublé, page 32 : « Venez avec vos mesures !! » et page 36 : « Apportez vos dimensions. » Loué soit le Grand Créateur, Cerise Plantèche porte toujours ses mensurations sur elle. Quant à vous les livrer sur un plateau, faudrait tout de même pas rêver. Tapez 3615 Plantèche, et elle se fera un plaisir de vous les révéler. Précaution utile : ayez un trou de serrure à portée de l’oreille…


Vous n’êtes pas convaincus ? Qu’à cela ne tienne. La prochaine fois, Cerise Plantèche épluchera pour vous le Magazine de Marcottage & Bouturage qui sont, comme elle vous le prouvera, les deux mamelles de la poésie.


N.B. : Il va sans dire que toutes les citations ici rapportées par Cerise Plantèche sont rigoureusement authentiques. Ceci s’adressant aux manants susdits — et susmaudits — qui, nonobstant la perte de leur précieux J.G.D.P.A.P. et le mauvais œil qui désormais ne les lâchera plus, auraient quand même étourdiment poursuivi la lecture de cette passionnante étude.



Cette première chronique, écrite à la fin du siècle dernier, n’a jamais
eu de suite. On peut le déplorer, ou au contraire s’en réjouir…


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↩️ LES ÉCRITS DE CERISE PLANTÈCHE


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