La geste auguste du clown blanc

par Cerise Plantèche (in « Just call me Cherry »)


L’écriture, au fond, ce n’est qu’un numéro de cirque. D’un côté il y a l’écrivain : c’est le clown blanc, cynique, désinvolte, toujours très chic dans son costume à paillettes. Il est la voix du bon sens, ses raisonnements sont toujours imparables, il connaît toutes les ficelles de son art. Face à l’écrivain, il y a l’être, l’ego. Lui, c’est l’auguste, celui qui se prend les pieds dans le tapis de ses contradictions, qui parle à tort et à travers, qui n’a pas son pareil pour détraquer la mécanique bien huilée du numéro. L’un ne va pas sans l’autre, tout comme l’écriture ne progresse pas sans obstacles.


Si, par malheur, l’auguste en a assez de jouer les idiots, le clown blanc perd aussitôt de sa superbe et ne peut plus rien faire. Si c’est ce dernier qui quitte son rôle et se met à faire le zouave, l’auguste reste les bras ballants et le numéro est raté. C’est ainsi que, dans le premier cas, on n’écrit plus rien pendant des mois, et que dans le second on se retrouve avec une brassée de pages tout juste bonnes à jeter.


Dans cet étrange cirque où les mots tournent en rond, seul le mensonge est source de vérité, seules les entraves donnent des ailes à l’écriture, seuls les augustes en larmes font rire, seuls les clowns blancs hilares font pleurer. Et dites-vous bien que dans la vie, c’est tout le contraire, c’est-à-dire la même chose.



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