[Le cahier fantôme]

Morceaux choisis



Tout à l’heure, en flânant au rayon stylos d’une boutique à culture, je me suis souvenu de ce cahier empli de brouillons, de fragments mal dégrossis, d’ébauches de textes jamais achevés, de pensées obsessionnelles aux contours incertains, destinées à l’oubli. Je me suis revu feuilletant ce fatras, sans doute à la recherche d’une improbable pépite qui eût réveillé en moi l’envie d’écrire, envie depuis trop longtemps éteinte. Et soudain, j’ai réalisé que ce n’était pas un moment de ma vie qui me revenait ainsi en mémoire : ce n’était que le souvenir d’un rêve, mêlé à celui d’un manuscrit parcouru récemment sur le site de la B.N.F. Aussi nettement qu’il se soit imprimé dans mon esprit, ce cahier n’a jamais existé. Ou plutôt, n’a pas encore existé. Alors je l’entame. Je doute fort de venir à bout de ses quatre-vingt seize pages qui tour à tout m’attirent et me terrifient, mais puisque c’est un rêve, tout est possible ici. Nous verrons bien.



20/21 avril 2013


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Peut-on cacher des mots dans l’épaisseur du papier ?



2013


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Si j’ai pris possession de ma nouvelle maison, la pluie semble vouloir s’octroyer l’extérieur. C’est une autre pluie, très différente des ondées septentrionales. Une pluie qui ne salit pas, qui ne délivre aucun message délétère.



2016


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J’ai revu les étoiles hier soir. C’est fou ce que les villes peuvent nous voler.



2016


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Elle me dit ressaisis-toi

je lui réponds que pour ce faire

il faut s'être déjà saisi

je m'attrape donc au collet

mais comme je me suis pris par surprise

l'effroi me gagne en même temps

qu'un violent sentiment de puissance

alors je me mets à hurler

bientôt je ne suis plus moi-même

c'est alors qu'elle me dit

ressaisis-toi bon sang ressaisis-toi



2016


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Curieuse expérience menée tout à l’heure : j’ai écrit trois textes en un seul ¹, en alternant leurs lignes respectives, 1/2/3/1/2/3… Il faut comprendre que je n’ai pas écrit ces trois textes séparément pour les assembler ensuite, non, j’ai écrit les lignes dans l’ordre où elles apparaissent. Je me suis bien amusé.



2016

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1. Voir APOLLINE AIR, texte VIII.


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« Je nourris une profonde admiration pour les poètes du quotidien, je leur envie beaucoup cette héroïque cadence. Pour ma part, je dois me contenter d’être un poète de l’hebdomadaire, voire, à ma grande honte, du bi-mensuel. »



Interview de poche, 2017


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Si tu m’entendais parler, tu te demanderais peut-être pourquoi je ne parle plus de toi. De toutes les réponses que je pourrais te faire, oubli rancœur dépit colère effroi résignation, force m’est de reconnaître qu’aucune ne serait honnête. En vérité, je ne parle plus de toi simplement parce que je parle d’autre chose.



2017


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Les pages que je tourne font un craquement d’os

je peux tous vous y retrouver

mais je vous vois en creux

je vois juste que quelqu’un manque

à chaque page quelqu’un manque et ce n’est jamais moi



2017


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Quand j’avais la moitié de mon âge, j’étais passé maître dans l’art de me convaincre que j’avais raison de faire ce que je faisais. Même si, en l’occurrence, il s’agissait plutôt de n̲e̲ ̲p̲a̲s̲ faire.



2017


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Loulou danse au bord du toit

la maison danse avec elle

et tout se résume en un souffle

fragile et nu sous la nuit pelucheuse

le monde en a la chair de poule

je crois que je l’envie

mais ce n’est plus mon heure

elle ne sait plus qui je suis

je ne sais pas ce qu’elle danse


2019
Texte remanié en 2020 :

Loulou danse




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la nuit ressemble au jour qui ressemble à la nuit

je dors je rêve je veille je rêve

je ne vois plus le sol que mes pieds foulent

ni les murs que je traverse je ne vois plus rien



9 mars 2021


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je ne suis pas un voyageur

je suis le gravillon que la roue du camion projette

et qui retombe presque à sa place


tomber juste à côté de l’endroit d’où l’on vient

ce n’est pas voyager



16 avril 2021


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À suivre…


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